Edito

 Edito du n°10 (décembre 2018)



 






Il me reste à vous avouer
que j’en viens à rêver
du silence.

Joseph Andras


Une décade aventureuse s’achève...
et il nous faut remercier ici les camarades qui nous ont sincèrement soutenus.
Durant le naufrage, à coup sûr,
les sirènes chanteront leurs louanges !

2018 n’a pas tenu ses promesses, ou plutôt si, elle a tenu haut la main ses promesses les plus sombres : régressions sociales, dématérialisation, montée du fascisme, que peut-on rêver de mieux ?

Que peut la musique dans tous cela ? Qu-a-t-elle à opposer à l’obscurantisme ? Que prend-elle la peine de célébrer ?
La musique et plus largement l’art peuvent-ils encore nous venir en aide?
Nous aimerions le croire même si lorsque l’on écoute la radio compressée, que l’on regarde "le supermarché du teaser" (youtube) ou que l’on feuillette les magazines branchés, ce qui ressort avant tout, c’est le souci de paraître, la superficialité et la peur de l’ennui.

La culture n’est-elle pas une des meilleures armes dont nous disposons pour battre en brèche ce monde?
Certainement, mais à condition que ses moyens et ses formes soient employés à un peu plus qu’à faire simplement la promotion d’impostures conniventes du système.

La culture n’est-elle pas une arme pour la compréhension, la réalisation, et l’émancipation ?
Certainement, mais à condition de ne jamais la laisser au seul contrôle des gouvernants et de leurs institutions.


2018, c’est aussi plus trivialement le quinzième anniversaire de la voix des sirènes.
Une association qui n’a jamais renié son choix en faveur de l’autonomie et qui le paye.

Avant de conclure cette décennie, nous voulions saluer le Limousin, un pays qui nous est cher, et rendre hommage à sa musique et à sa langue occitane - même si cet hommage n’est bien sûr pas exhaustif - c’est chose faite avec le double cd qui accompagne ce dixième numéro.
La croisée des chemins, d’une façon symbolique, est l’endroit où, comme le dit le dramaturge Wajdi Mouawad, l’on peut rencontrer l’autre. C’est donc, à ce qui semble, un espace essentiel par les temps qui courent...


 édito du numéro 9 (décembre 2017)







Avant que tout ne se dématérialise…

Avant que la culture n’ait complètement migré vers le « nuage »,

profitons encore un instant du monde réel, de sa rugosité attachante,

de ses imperfections de surface et de ses supports musicaux périssables et défaillants.



Vous nous direz, inutile de vous inquiéter, le vinyle revient ! (Ceux qui ne l’ont jamais quitté sont contents de l’apprendre !), mais ce « come-back » sous les feux de la rampe a bien entendu un prix… Celui du luxe. Une apparente rareté coûteuse savamment orchestrée par l’industrie du disque. Un business qui puise à qui mieux mieux dans la nostalgie grégaire du consommateur. La plupart des nouveaux convertis au culte vinylique n’ont que faire des productions contemporaines originales, dont ils ignorent jusqu’à la possibilité même d’exister. Ce qu’ils veulent avant tout, c’est retrouver sur le sillon les bons vieux standards d’antan et Dieu sait qu’un désir comme ça… ça peut rapporter beaucoup d’argent !



Vous nous direz, vous avez toujours le CD, ce support pour lequel l’industrie ne tarissait pas d’éloge lorsqu’il s’agissait de liquider le vinyle. Le CD n’est plus guère en odeur de sainteté nulle part, il se brade plus qu’il ne se vend, révélant du même coup l’arnaque outrancière qu’a pu constituer son prix exorbitant pendant des années. Il ne serait pas surprenant qu’il passe complètement à la trappe un jour prochain.



Enfin soyez rassurés, il vous reste la cassette... La bonne vieille bande magnétique des familles qui a fait ses preuves par le passé et avec qui nombre d’entre nous ont découvert la musique.

Certes… Mais son retour est relativement confidentiel et ne concerne guère plus que quelques cercles d’initiés. Il faut dire que son écoute apparaît difficilement compatible avec l’attention pour le moins volatile de l’auditeur moyen du XXIème siècle. Un « client » largement plus habitué à zapper sur Youtube ou sur son Iphone qu’à se coltiner une œuvre dans son intégralité et à attendre gentiment que la face se termine pour passer à la suivante.



Rien n’est perdu cependant… nous avons un programme…



Partout encourager la lenteur, plutôt que le clic compulsif, travailler son écoute active ;

Partout soutenir les réseaux souterrains qui préfèrent le « fais le toi-même » au « clé en main » du capitalisme et qui promeuvent leurs musiques sans essayer de vous faire les poches au passage.

Partout résister aux injonctions et modes délivrées par l’industrie, naviguer au gré des envies sans s’en tenir aux formes couronnées par le spectacle.

Affûter sa curiosité, creuser, défricher les terres disparates des productions indépendantes.

En tous lieux, épauler ceux qui refusent de servir la soupe du système en se rangeant à sa démagogie numérique et à son opportunisme mercantile.

Préférer le support artisanal au vide aliéné du téléchargement.



Ne pas être totalement en phase avec son temps… jamais.


édito du numéro 8
(novembre 2016)

 







C’est la reprise de l’activité, le tsunami de produits culturels, le retour de nos politiciens préférés, en un mot la rentrée.
Quel dommage que l’automne ait perpétuellement à subir l’outrage de la relance économique.
L’industrie de la musique ne fait pas exception à la règle et participe en bonne opportuniste à la déferlante. Cerise sur le gâteau, on trouve toujours un bon samaritain pour sortir la chanson de circonstance, le tube plein d’entrain qui aide à faire passer la pilule et que chacun se surprend un jour à fredonner tandis qu’il va chercher la croissance.

Cette année, c’est à un groupe de jeunes bobos branchés de nous pondre la ritournelle de la reprise. Une chanson mise en scène avec ce qu’il faut de nostalgie (look vintage, vidéo en super huit et club Mickey, « tu regretteras septembre »), de conseils avisés (« toi l’élève qui a peur de te leverles études c’est juste un rail pour te guider », et de niaiseries entreprenariales « allez réveille toi, montre leur que personne ne choisira pour toi la place que tu occuperas dans cette société ».
Le cœur de cible est large : enfants des années 80 sur le retour, (le morceau a des accents un peu new wave) « LGBT friendly » (la fille chante en pensant à sa future petite amie) et « adulescents » en mal d’empathie.

Une chanson pour maintenir l’ordre.

Une chanson pour donner à chacun le sentiment que ces petits soucis de rentrée sont légitimes et partagés.

Une chanson pour se sentir au diapason de cette exécrable société.

Blotti dans la norme et la démagogie, le produit fait son nid et n’attend plus que l’onction médiatique pour démultiplier son impact. On peut compter sur les relais zélés du système que sont les médias dominants, émérites fournisseurs de vide, pour assurer le service après vente de cette merveilleuse camelote.

Qu’importe la puissance de feu consumériste, qu’importe le flot dévastateur de l’art aux ordres, laissons donc passer la tempête et attendons, calés au coin du feu, le beau ciel dévasté de novembre pour entendre se lever à nouveau la voix des sirènes, une voix sans impératif économique, sans agenda promotionnel, une voix sans volonté d’endormir quiconque, sans allégeance inavouée…
Un murmure obstiné…

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édito du numéro 7 
(novembre 2015)


En définitive, la modernité a bel et bien quelque chose d’insaisissable, un peu comme le présent, ce temps perpétuellement sur la sellette. La modernité, c’est cette réalité construite en rupture avec la tradition qui se cherche indéfiniment, poussée par le désir constant de nouveauté de nos contemporains.

On le voit bien, depuis déjà plusieurs décennies, cette modernité elle-même est devenue trop étroite pour les créateurs qui lui préfèrent la terra incognita plus prometteuse de la post modernité, un territoire plus neuf où, en apparence, tout pourrait se reconstruire de la plus inventive des façons.
En musique, on ne compte plus les intitulés qui y font référence : post-rock, post-industriel, post-hardcore, post- jazz, post-ceci, post-cela… Dans l’après modernité, sans trop de surprise, les chapelles de genre se reconstruisent et les avant-gardes autoproclamées instaurent rapidement de nouveaux académismes vertueux.

S’il ne s’agit pas seulement de cheminement historique, que représentent donc ces « post labellisations », ces « post genres » que l’on voit fleurir un peu partout ?

Pour la plupart, un désir (parfois tout à fait légitime), de s’affranchir des codes déjà en vigueur. Le souci de paraître original, de se dissocier d’un héritage devenu embarrassant ou que l’on juge désuet, mais également bien sûr le désir d’exprimer une forme de radicalité, voire d’intégrité dans un monde dépolitisé, un monde de totale compromission et d’assujettissement global à l’économie.

Bien évidemment, neuf fois sur dix, le désir de radicalité s’estompe dès qu’éclosent conjointement : besoin de reconnaissance, soucis de promotion et quête de la solvabilité.

Dans bien des cas, on constate que ceux qui veulent apparaître comme les plus novateurs et qui s’affublent de « post intitulés ronflants » sont en réalité des imposteurs : ignorants du passé, ignorants de leur propre héritage culturel, ignorant de l’histoire de la musique et de ses réalisations successives, ignorants même de leur secret désir directeur d’allégeance au système.

Afficher de grandes prétentions révolutionnaires post modernistes, voilà bien une voie éminemment glissante à laquelle il semble plus judicieux, dans un premier temps, de préférer une quête du savoir, comme disait un slogan de mai 68 « apprendre, apprendre, apprendre pour comprendre et agir ». Il en sortira peut être une modernité plus cohérente, plus séduisante, plus neuve, qui sait ?

Lvds

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